Pierre Cauchon
Évêque de Beauvais de 1420 à 1432, juriste et homme politique engagé dans les luttes de la guerre de Cent Ans, Pierre Cauchon reste surtout connu pour avoir présidé le procès de Jeanne d’Arc à Rouen en 1431.
Le nom de Pierre Cauchon demeure indissociable du procès de Jeanne d’Arc. Pourtant, avant d’être le juge ecclésiastique le plus célèbre du XVe siècle, il fut un universitaire, un juriste, un diplomate et surtout évêque-comte de Beauvais dans l’une des périodes les plus troublées de l’histoire du royaume de France.
Un universitaire et un juriste
Originaire de Reims, Pierre Cauchon étudie à l’Université de Paris, l’un des grands centres intellectuels de l’Europe médiévale.
Il y étudie notamment le droit canonique et la théologie. Sa carrière universitaire lui permet d’acquérir une solide réputation de juriste et de théologien, qualités qui jouent un rôle déterminant dans son ascension au sein de l’Église et de la vie politique.
À une époque où les grands ecclésiastiques interviennent directement dans les affaires du royaume, Cauchon participe à plusieurs missions diplomatiques et se rapproche du parti bourguignon.
La carrière de Pierre Cauchon ne peut être comprise sans tenir compte de l’imbrication, au XVe siècle, entre fonctions religieuses, universitaires, diplomatiques et politiques.
Dans la guerre civile et la guerre de Cent Ans
Au début du XVe siècle, le royaume de France est profondément divisé entre les partisans des Armagnacs et ceux des ducs de Bourgogne.
Pierre Cauchon se rapproche du camp bourguignon, puis soutient la politique issue du traité de Troyes de 1420, qui reconnaît Henri V d’Angleterre comme héritier du roi Charles VI.
Cette position le place durablement dans le camp favorable à la monarchie anglo-bourguignonne face au dauphin Charles, futur Charles VII.
Pierre Cauchon, évêque de Beauvais
En 1420, Pierre Cauchon devient évêque de Beauvais. Il reçoit ainsi une charge qui dépasse largement la seule direction spirituelle du diocèse.
L’évêque de Beauvais porte en effet également le titre de comte de Beauvais. Il appartient aux pairs ecclésiastiques du royaume et possède des droits temporels importants. Des documents d’archives le qualifient encore d’ « évêque-comte de Beauvais, vidame de Gerberoy, pair de France ».
Durant son épiscopat, cependant, Pierre Cauchon réside relativement peu à Beauvais. Ses activités diplomatiques et politiques l’appellent fréquemment à Paris, Rouen et auprès des autorités anglo-bourguignonnes.
Des relations difficiles avec la ville
Son épiscopat est marqué par des tensions avec les autorités municipales de Beauvais, notamment autour des questions de fiscalité et du financement des fortifications.
Dans cette période de guerre, la défense de la cité constitue une préoccupation majeure, mais les droits respectifs de l’évêque et de la commune font l’objet de contestations.
Quel lien avec la cathédrale Saint-Pierre ?
En qualité d’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon est naturellement lié à la cathédrale Saint-Pierre, siège de son diocèse.
L’édifice qu’il connaît est cependant bien différent de celui que nous observons aujourd’hui. Le chœur gothique du XIIIe siècle existe déjà, mais le grand transept flamboyant ne sera entrepris qu’à partir de 1500, plusieurs décennies après sa mort.
La cathédrale demeure néanmoins au cœur de la vie religieuse et institutionnelle de son diocèse.
Son importance pour l’histoire de la cathédrale tient avant tout à sa fonction d’évêque de Beauvais et à la mémoire laissée par le procès de Jeanne d’Arc.
Jeanne d’Arc et Pierre Cauchon
En 1429, la situation politique évolue brutalement. Jeanne d’Arc accompagne le dauphin Charles jusqu’à Reims, où il est sacré sous le nom de Charles VII.
L’avancée des forces royales oblige Pierre Cauchon à quitter son diocèse. Il se rapproche alors de Rouen, principal centre du pouvoir anglais en France.
Lorsque Jeanne est capturée près de Compiègne en mai 1430 par les forces bourguignonnes, Cauchon intervient activement pour obtenir qu’elle soit remise aux autorités anglaises.
Pourquoi l’évêque de Beauvais la juge-t-il ?
Pierre Cauchon revendique une compétence ecclésiastique sur l’affaire au motif que Jeanne avait été capturée dans une zone relevant de son diocèse.
Le procès se déroule pourtant à Rouen, alors sous contrôle anglais, et non à Beauvais.
Le procès de Rouen en 1431
Pierre Cauchon préside le tribunal qui instruit le procès de Jeanne d’Arc au début de l’année 1431.
Il est entouré de théologiens, juristes, chanoines et représentants de l’Université de Paris. Les interrogatoires portent notamment sur les voix que Jeanne affirme entendre, son obéissance à l’Église et son port de vêtements masculins.
Après plusieurs mois de procédure, Jeanne est déclarée relapse et livrée au pouvoir séculier.
Elle est brûlée à Rouen le 30 mai 1431.
Après Beauvais
La progression du parti de Charles VII rend finalement la position de Pierre Cauchon à Beauvais difficile.
En 1432, il quitte officiellement le siège épiscopal de Beauvais et devient évêque de Lisieux.
Il poursuit alors sa carrière auprès du pouvoir anglo-normand et conserve une importante influence politique et ecclésiastique.
Pierre Cauchon meurt à Rouen le 18 décembre 1442. Il est inhumé dans la cathédrale de Lisieux.
1456 : la condamnation de Jeanne est annulée
Vingt-cinq ans après le procès de Rouen, une nouvelle procédure est engagée afin de réexaminer la condamnation de Jeanne d’Arc.
Le procès en nullité de 1456 annule le jugement de 1431 et réhabilite Jeanne.
Pierre Cauchon est alors mort depuis quatorze ans. Cette annulation contribue cependant durablement à faire de lui le principal symbole des juges responsables de la condamnation de Jeanne d’Arc.
La mémoire de Cauchon dans Saint-Pierre
La cathédrale de Beauvais conserve aujourd’hui un témoignage particulièrement fort de cette histoire.
Dans la chapelle Sainte-Jeanne-d’Arc se trouve un monument commémoratif consacré à Jeanne et à l’évêque de Beauvais.
Le monument est érigé en 1930 à l’initiative de Mgr Le Senne, alors évêque de Beauvais.
Le haut-relief représente Mgr Le Senne demandant pardon à sainte Jeanne d’Arc pour la condamnation prononcée cinq siècles plus tôt par son prédécesseur Pierre Cauchon.
Les reliefs latéraux représentent respectivement la condamnation de Jeanne et sa réhabilitation.
Pierre Cauchon en quelques dates
Pierre Cauchon naît dans une famille de la bourgeoisie rémoise.
Il étudie notamment le droit canonique et la théologie.
Il devient évêque-comte de Beauvais.
L’évolution militaire l’éloigne progressivement de Beauvais.
Pierre Cauchon préside le procès ecclésiastique à Rouen.
Il quitte officiellement le siège de Beauvais.
Il est ensuite inhumé à Lisieux.
Le jugement de 1431 est déclaré nul.
Un personnage longtemps réduit à son rôle de juge
Pierre Cauchon reste l’une des figures les plus controversées de l’histoire de Beauvais.
La postérité a presque entièrement absorbé sa carrière d’évêque, de juriste et de diplomate derrière un seul événement : la condamnation de Jeanne d’Arc.
L’historien doit cependant replacer son action dans le contexte complexe de la guerre de Cent Ans, de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et des rivalités dynastiques qui divisent alors le royaume.
Étudier Pierre Cauchon dans son contexte permet de dépasser la caricature sans minimiser pour autant la responsabilité majeure qu’il exerça dans le procès de Jeanne d’Arc.
Sources et bibliographie
- Bibliothèque nationale de France, notice d’autorité « Cauchon, Pierre (1371?-1442) ».
- FranceArchives – Archives nationales, actes relatifs à Pierre Cauchon, évêque-comte de Beauvais.
- Ministère de la Culture – POP, notice du monument commémoratif « Sainte Jeanne d’Arc et l’évêque de Beauvais », cathédrale Saint-Pierre.
- Albert Sarrazin, Pierre Cauchon, juge de Jeanne d’Arc : Reims, Paris, Beauvais, Rouen, Lisieux, consultable sur Gallica.
- Sources historiques relatives aux procès de condamnation et de nullité de Jeanne d’Arc.