L’art français dit « gothique » à Beauvais
Né en Île-de-France au XIIe siècle, l’art français cherche à faire entrer la lumière dans l’édifice. À Beauvais, la cathédrale Saint-Pierre et l’église Saint-Étienne en offrent deux expressions majeures, du gothique rayonnant au flamboyant.
Une architecture pensée pour la lumière
L’art français naît d’un renouveau conjoint de l’architecture et de la théologie. La lumière naturelle devient le symbole de la lumière divine. En traversant les vitraux historiés, elle se colore et transmet la parole de Dieu.
Ce langage architectural ne sera qualifié de « gothique » qu’au XVIe siècle, dans un sens alors péjoratif. Il sera remis à l’honneur par les Romantiques au XIXe siècle.
Les origines de l’art français
L’art français apparaît à l’abbaye de Saint-Denis vers 1135. L’abbé Suger compte parmi les principaux concepteurs de cet art nouveau, avec les architectes de la cathédrale Saint-Étienne de Sens.
Sens est considérée comme la première cathédrale gothique. La première cathédrale gothique de Picardie est celle de Noyon, commencée vers 1140. Amiens et Beauvais, dont les voûtes s’élancent encore davantage, appartiennent au XIIIe siècle.
Saint-Pierre, sommet de l’art français
Au XIXe siècle, Viollet-le-Duc qualifie la cathédrale de Beauvais de « Parthénon de l’art français ». Les voûtes de son chœur dépassent 48 mètres et l’arête de sa toiture culmine à environ 63 mètres.
Les maçonneries les plus massives se concentrent dans les contreforts, tandis que les murs sont largement ouverts par de grandes baies vitrées. Le transept du XVIe siècle respecte la partie plus ancienne tout en y ajoutant la finesse du gothique flamboyant.
Un regard attiré vers le ciel
Les grandes fenêtres du chœur diffusent largement la lumière et conduisent naturellement le regard vers le haut. À chaque niveau, les ouvertures allègent la construction et donnent à la pierre une apparente légèreté.
Cette élévation spectaculaire fait du chœur de Beauvais l’une des expressions les plus audacieuses de l’architecture gothique du XIIIe siècle.
La pierre colorée par les vitraux
Dans les voûtes de l’abside, notamment au soleil couchant, les couleurs projetées par les verrières jouent avec la pierre et transforment l’espace au fil des heures.
La lumière n’est donc pas seulement un moyen d’éclairer : elle devient un élément essentiel de l’architecture et du message spirituel de l’édifice.
Les vitraux historiés
Les vitraux des parties basses fonctionnent comme de véritables récits en images. Ils racontent la vie du Christ, de la Vierge et des saints à travers des scènes immédiatement lisibles par les fidèles.
Dans la chapelle de la Vierge, le vitrail de l’enfance du Christ représente notamment la Nativité et la Visitation. Au XVIe siècle, les panneaux de la rose sud prennent la dimension de véritables tableaux peints sur verre.
Comment l’architecture gothique gagne-t-elle en hauteur ?
La croisée d’ogives, les chapiteaux, les contreforts et les arcs-boutants forment un système cohérent qui permet d’élever les voûtes tout en ouvrant largement les murs.
Croisée d’ogives
Les nervures concentrent les charges et permettent d’alléger les voûtes entre les points porteurs.
Contreforts
Placés perpendiculairement aux murs, ils reprennent les principales poussées de la construction.
Arcs-boutants
Ils transmettent vers l’extérieur la poussée des voûtes et libèrent les murs pour les grandes baies.
Vitraux
Les ouvertures deviennent des surfaces de verre coloré, transformant la lumière en récit et en symbole.
Plusieurs siècles de reconstruction
Dans l’abside, la voûte du XIIIe siècle est d’origine et n’a pas été emportée par l’effondrement de 1284. La partie centrale date du XIVe siècle, après l’ajout de piliers supplémentaires.
Les anciennes travées ayant été divisées, la voûte devient sexpartite. Les deux premières travées sont reconstruites à la fin du XVIe siècle après l’effondrement de la tour-lanterne.
Les chapiteaux et la canopée
Les chapiteaux gothiques sont ornés d’un décor végétal qui symbolise la canopée séparant la terre du ciel.
Les plus anciens utilisent des feuilles d’acanthe simplifiées en palmettes. Au XIIIe siècle, les sculpteurs observent plus précisément la nature et représentent des feuilles de chêne, d’aubépine ou d’érable.
Les doubles arcs-boutants
Les arcs-boutants soutiennent la poussée des voûtes tout en laissant passer la lumière jusqu’aux grandes verrières.
À Beauvais, contrairement à Amiens, le système est double : l’arc inférieur reprend la poussée de la voûte, tandis que l’arc supérieur conduit les eaux de pluie jusqu’à la base du toit.
Les gargouilles
Les gargouilles éloignent l’eau de pluie des murs. Elles prennent souvent la forme d’animaux fantastiques et, plus rarement, de personnages.
Exposées aux intempéries par leur forme et leur fonction, elles comptent parmi les sculptures les plus fragiles. Beaucoup ont été remplacées depuis le Moyen Âge.
Le chœur flamboyant de Saint-Étienne
Une architecture flamboyante
Construit au XVIe siècle, le chœur se distingue par ses grandes baies, son réseau décoratif et ses formes plus souples et plus complexes.
Le contraste avec la nef romane
Le chœur, largement éclairé par des baies de verre blanc, contraste avec la nef romane plus sombre. Les chapelles accueillent les célèbres vitraux des ateliers beauvaisiens.
Les clés de voûte flamboyantes
La maîtrise des sculpteurs du XVIe siècle permet des compositions virtuoses, où les nervures et les clés deviennent de véritables sculptures suspendues.
L’art du vitrail à son apogée
Engrand Le Prince et ses successeurs réalisent à Beauvais de véritables peintures sur verre. L’Arbre de Jessé compte parmi les œuvres les plus réputées de cette période.
Explorez le patrimoine gothique de Beauvais
La cathédrale Saint-Pierre et l’église Saint-Étienne permettent de parcourir plusieurs siècles d’évolution de l’art français, du chœur rayonnant au gothique flamboyant.
