Jeanne Hachette
Jeanne Laisné, dite Jeanne Hachette, est devenue la figure emblématique de la résistance des Beauvaisiennes et des Beauvaisiens face aux troupes de Charles le Téméraire lors du siège de 1472.
Peu de figures sont aussi intimement associées à l’histoire de Beauvais que Jeanne Hachette. Son nom demeure attaché à la résistance de la cité contre l’armée de Charles le Téméraire en juin et juillet 1472. Derrière l’héroïne devenue légendaire se trouve cependant une histoire qu’il convient de distinguer avec soin des traditions élaborées au fil des siècles.
Beauvais face à Charles le Téméraire
En juin 1472, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, en conflit avec le roi de France Louis XI, mène ses troupes à travers la Picardie. Son armée se présente devant Beauvais le 27 juin 1472.
La ville ne dispose alors pas d’une importante garnison permanente. Les habitants doivent participer eux-mêmes à la défense des fortifications, aux côtés des soldats présents et des renforts qui rejoignent progressivement Beauvais.
La cathédrale donne l’alerte
Le matin du 27 juin 1472, des ouvriers travaillant sur les hauteurs de la cathédrale Saint-Pierre aperçoivent l’approche de l’armée bourguignonne.
La position dominante de l’édifice permet d’observer les alentours de la ville. L’information est transmise et les cloches donnent l’alerte, bientôt relayées par celles des autres églises de Beauvais.
Saint-Pierre devient ainsi l’un des acteurs de la mobilisation de la cité : ses cloches appellent les habitants à se préparer à défendre les remparts.
Avant même que Jeanne Hachette ne devienne le symbole de la résistance beauvaisienne, la cathédrale Saint-Pierre participe aux premières heures de l’événement en servant de poste d’observation et de lieu d’alerte.
Durant le siège, la cathédrale demeure également l’un des principaux centres religieux de la ville.
Jeanne Laisné entre dans l’Histoire
Parmi les habitants mobilisés figure une jeune Beauvaisienne nommée Jeanne Laisné.
La tradition rapporte qu’au cours de l’assaut elle s’oppose à un soldat bourguignon qui tente de hisser son étendard sur les fortifications. Jeanne lui aurait arraché sa bannière et repoussé l’assaillant, galvanisant les défenseurs de la ville.
Cet épisode devient progressivement l’un des symboles de la résistance de Beauvais et place Jeanne Laisné au premier rang des figures de l’histoire locale.
Les femmes dans la défense de Beauvais
L’histoire de Jeanne Hachette ne peut être séparée de celle des nombreuses femmes qui prennent part à la défense de la ville.
Elles participent au ravitaillement des combattants, au transport de matériel et à la résistance sur les remparts. Les récits associent également les Beauvaisiennes à une procession au cours de laquelle les reliques de sainte Angadrême, patronne de Beauvais, sont portées vers les fortifications.
Jeanne Hachette devient ainsi la personnification d’une mobilisation beaucoup plus large : celle de toute une population, hommes et femmes réunis, déterminée à empêcher la prise de la ville.
Beauvais résiste
Malgré la puissance de l’armée bourguignonne, Beauvais tient. Après plusieurs semaines de siège et d’affrontements, Charles le Téméraire doit finalement renoncer à prendre la ville.
Cette résistance prend rapidement une place considérable dans la mémoire beauvaisienne et dans la propagande royale de Louis XI.
La reconnaissance de Louis XI
Après la victoire, le roi accorde différents privilèges aux habitants de Beauvais. Jeanne Laisné et son époux bénéficient notamment d’une exemption fiscale.
Louis XI institue également une procession commémorative de l’Assaut. Particularité remarquable : les femmes y précèdent les hommes, en souvenir du rôle joué par les Beauvaisiennes dans la défense de leur cité.
1472 : les grandes étapes
Depuis les hauteurs de Saint-Pierre, des ouvriers aperçoivent les troupes de Charles le Téméraire.
Les cloches mobilisent la population de Beauvais.
Hommes et femmes participent à la résistance.
La tradition lui attribue la prise d’un étendard bourguignon au cours des combats.
Après vingt-quatre jours, le siège prend fin.
De Jeanne Laisné à Jeanne Hachette
Au fil des siècles, Jeanne Laisné devient Jeanne Hachette. Son histoire est racontée, transformée et représentée par les artistes.
À Beauvais, son nom est aujourd’hui omniprésent. La grande place située devant l’hôtel de ville porte son nom et une statue de bronze réalisée par Gabriel-Vital Dubray y est inaugurée en 1851.
Les Fêtes Jeanne Hachette perpétuent chaque année la mémoire du siège et de la résistance beauvaisienne.
Elle incarne depuis plusieurs siècles la résistance de Beauvais, la place des femmes dans la défense de la cité et l’attachement des Beauvaisiens à leur histoire.
Jeanne Hachette dans la cathédrale
La mémoire du siège de 1472 est également présente à Saint-Pierre.
Dans la chapelle Sainte-Angadrême, une peinture réalisée en 1869 par Alexandre Grellet rappelle Jeanne Hachette et l’un des événements les plus célèbres de l’histoire beauvaisienne.
Ce lien est particulièrement significatif : la cathédrale fut à la fois témoin des événements de 1472, acteur de l’alerte donnée à la population et, plusieurs siècles plus tard, lieu de mémoire du siège.
Sources et ressources
- Réseau des Villes et Pays d’art et d’histoire des Hauts-de-France, notice « Jeanne Hachette, Beauvais ».
- Ville d’Art et d’Histoire de Beauvais, documentation consacrée à Jeanne Hachette et au siège de 1472.
- Association Beauvais Cathédrale, « 27 juin 1472 : lorsque la cathédrale donna l’alerte », 26 juin 2026.
- Documentation historique relative aux Fêtes Jeanne Hachette et à la commémoration du siège de Beauvais.