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Historique de la cathédrale de Beauvais

L’ancienne cathédrale est ravagée par un incendie !

C’est un lieu commun pour bon nombre de cathédrales gothiques, leur histoire commence par la destruction de l’ancienne église et bien souvent par un incendie. À Beauvais, c’est en 1225, que l’ancienne cathédrale-église, que l’on nomme aujourd’hui « Basse-Œuvre », est détruite. Plutôt que de reconstruire, l’évêque choisit de bâtir au nouvel édifice avec le style de l’époque : l’art ogival, encore appelé art français ou gothique. On veut en faire, alors, la plus grande et la plus audacieuse cathédrale de toute la chrétienté !

Début des travaux

Vers 1230, les travaux commencés du côté nord-ouest se continuent du côté sud-ouest. Sur des fondations, parfois profondes de plus de 10 mètres pour reposer sur de la roche dure, l’édifice s’élève lentement. La pierre utilisée est la craie, extraite des carrières de Beauvais et de Saint-Martin-le-Nœud.

plan 1230
partie constuite en 1230

46 années sont nécessaires pour élever le chœur.

Vers 1240, la base du chœur, tout ce qui est au-dessous de la claire-voie, est achevée. Les travaux se continuent du nord au sud et d’ouest en est. La construction s’élève sans doute un peu plus haut que ce qui était prévu à l’origine.

plan 1240
choeur 1930

Vers 1260, le chœur est construit

Consacré, on peut y célébrer les offices. Sa voûte s’élève à près de 47 m, 4 m de plus qu’à Amiens. C’est la plus haute voûte gothique en pierre du monde. Comme la cité céleste de l’Apocalypse, la hauteur (sous les voûtes ici) est égale à la largeur : 144 pieds royaux.

choeur 1284

Une première catastrophe

Après une quinzaine d’années, une catastrophe survient. Un vendredi de novembre 1284, des arcs-boutants se tordent et se rompent, entraînant l’effondrement de la voûte du chœur.
La cathédrale, très haute, dépasse le plateau voisin et donne une forte prise au vent. C’est sans doute une tempête qui a déclenché cette catastrophe. L’abside, qui est renforcée par sa structure en arc, n’a pas beaucoup souffert. La charpente, elle aussi, est restée en place, formant un pont entre l’abside et le côté ouest qui, plus large, avait aussi moins souffert.

La reconstruction

La reconstruction ne s’achèvera que vers 1340. Le chœur sera alors fortement transformé. Par précaution, les travées sont recoupées par de nouveaux piliers intermédiaires, moins larges. On passe ainsi de 3 à 6 travées pour la partie droite du chœur.

choeur avant l'effrondementchoeur après l'effrondement
faites glisser le curseur pour voir les modifications


L’abside, qui avait déjà des travées étroites, n’est pas modifiée. Les réparations sont longues, et se terminent sans doute aux alentours de 1347.

plan apres effondrement
Ce plan montre bien l’ajout des piliers dans le chœur

Vient alors la période sombre de la grande peste, puis de la guerre de cent ans qui voit les armées de Charles Le Téméraire faire le siège de la ville, en 1472. La ville est alors vaillamment défendue par Jeanne Hachette.

150 ans après, les travaux reprennent

150 ans après la réédification du chœur, on peut enfin envisager un transept pour la cathédrale… La paix étant revenue, on décide de compléter l’édifice par un transept. Commencé en mai 1500, ce chef-d’œuvre de l’époque flamboyante, nécessitera 50 longues années pour être construit. Il est vrai que Martin Chambiges, directeur des travaux (lui-même secondé par Jean Vast), a su faire preuve de talent et d’ingéniosité face aux colossales proportions qu’impose déjà le chœur. Les voûtes vont donc être aussi hautes que celles du chœur et même atteindre 48,5 m ! Mais, comme le chœur menace toujours, il faut se contenter de faire dans le solide, en construisant le transept et la nef.
Les travaux commencent ainsi du côté sud, sous la direction de Martin Chambiges. Après la mort de celui-ci en 1532, les travaux se poursuivent au nord avec ses successeurs puis en parallèle des deux côtés.

plan 1500
choeur 1500

Une flèche démesurée

Au lieu de prolonger la cathédrale par une nef, ce qui aurait stabilisé l’édifice, on décide de construire une tour lanterne à la croisée du transept. Achevée en 1569, cette tour, surmontée d’une flèche, atteint 150 m. Elle s’effondre 4 ans plus tard, alors que l’on commençait, à la hâte, la construction de la nef pour stabiliser l’ensemble.

On a juste le temps de fuir !
flèche de la cathédrale de beauvais

L’extrait du tableau qui sert d’illustration reconstitue l’aspect que devait avoir la cathédrale avec sa tour lanterne et sa flèche. Ce tableau du peintre Seiichi se trouve au siège de la Société Académique de l’Oise qui en a autorisé gracieusement autorisé la reproduction.

 Cathédrale de Beauvais avec sa flèche, avant 1573.
Cathédrale de Beauvais avec sa flèche, avant 1573.
gravure du 16e siècle.
domaine public

La cathédrale restera inachevée

On dit que l’argent nécessaire à la restauration du transept manque alors pour terminer la nef qui ne possède ainsi qu’une seule travée. Mais c’est également, et surtout, l’élan de construction des cathédrales qui est passé de mode.

La Révolution n’épargne pas la cathédrale. Octobre 1793, les sans-culottes pillent et saccagent la cathédrale. On décapite notamment les têtes des statues. Heureusement, quelques éléments de valeurs sont, à temps, mis en lieu sûr. Voilà, à présent, la cathédrale St Pierre transformée en un « temple de la raison ». Au 19e siècle, des projets de construction de la nef n’aboutissent pas… au final, c’est une chance, car c’est ce qui nous permet de conserver une partie de la cathédrale du 10e siècle.
En 1878, la cathédrale se voit dotée d’une petite merveille, une extraordinaire horloge astronomique.

Le 20e siècle

La Seconde Guerre Mondiale n’épargnera pas la cathédrale. En 1940, la ville de Beauvais est presque complètement rasée, mais la cathédrale souffre moins que le reste de la cité. Beaucoup de vitraux anciens ont été mis à l’abri à temps. En revanche, le grand orgue qui se trouvait à l’entrée sud du déambulatoire est devenu inutilisable. Il sera entièrement reconstruit avec une nouvelle tribune sur le mur ouest, et inauguré en 1979.

Un temps déstabilisée, la cathédrale retrouve son équilibre. Dans les années 1960, des tirants de fer, jugés inesthétiques et inutiles, sont retirés. Quelque 20 ans plus tard, des fissures apparaissent dans le transept que l’on décide d’étayer. Les tirants de fer sont remis. En 2014, l’édifice semble stabilisé et l’on pose des capteurs pour le vérifier avant d’envisager de retirer les étais… cette intervention devrait avoir lieu en 2023 après la réfection de la toiture du transept.