Jean Vast
Maître maçon du XVIe siècle, Jean Vast appartient à une famille étroitement associée au grand chantier de Saint-Pierre de Beauvais. Le nom reste surtout attaché à l’ambitieuse tour élevée à la croisée du transept, qui porta momentanément la cathédrale à une hauteur sans équivalent.
Après Martin Chambiges, le chantier de la cathédrale de Beauvais passe entre les mains d’une nouvelle génération de maîtres maçons. Parmi eux, Jean Vast occupe une place particulière : associé à l’achèvement du transept, son nom demeure surtout lié à la gigantesque tour dressée au-dessus de la croisée au XVIe siècle.
Jean Vast père et Jean Vast fils
L’histoire du chantier de Beauvais demande ici une certaine prudence, car les documents anciens distinguent deux maîtres maçons portant le nom de Jean Vast : le père et le fils.
Un Jean Vast est déjà présent au tout début de la reprise du chantier du transept. Lorsque le chapitre envisage cette nouvelle campagne autour de 1500, il intervient dans les réflexions techniques aux côtés de maîtres tels que Martin Chambiges.
Quelques décennies plus tard, les sources mentionnent Jean Vast fils parmi les maîtres maçons qui poursuivent l’œuvre de Chambiges après la mort de celui-ci en 1532, avec François Mareschal et Michel de Lalict.
Après Martin Chambiges
Martin Chambiges, concepteur du grand transept flamboyant, meurt en 1532 alors que le chantier est encore loin d’être achevé.
Jean Vast fils, François Mareschal et Michel de Lalict, qui avaient travaillé à cette entreprise, participent alors à la poursuite des travaux.
Le bras nord du transept est couvert dans les années 1530. Le bras sud atteint son achèvement architectural en 1550, date toujours visible sur ses voûtes.
Jean Vast appartient à ceux qui transforment les plans de Chambiges en une réalité monumentale. Mais cette génération va bientôt choisir de pousser l’ambition de Beauvais encore beaucoup plus haut.
Le rêve d’une tour gigantesque
Une fois le transept suffisamment avancé, les bâtisseurs ne choisissent pas de poursuivre immédiatement vers l’ouest en construisant la nef prévue.
Ils décident au contraire de donner à Saint-Pierre une tour monumentale au-dessus de la croisée du transept.
L’idée était particulièrement audacieuse. La cathédrale possédait déjà un chœur d’une hauteur exceptionnelle et un vaste transept, mais elle demeurait privée de la nef qui aurait normalement dû participer au contrebutement de l’ensemble.
Faire porter une masse supplémentaire au centre du monument revenait donc à augmenter encore les contraintes exercées sur une structure déjà particulièrement ambitieuse.
La cathédrale va alors connaître l’un des épisodes les plus spectaculaires de toute son histoire architecturale.
Une cathédrale lancée vers le ciel
La tour est élevée au-dessus de la croisée du transept. Elle comporte une importante partie maçonnée prolongée par une gigantesque structure en charpente couverte de plomb.
Au sommet prend place une croix de fer.
Une fois achevé, l’ensemble porte Saint-Pierre à une hauteur totale d’environ 153 mètres.
Pendant quelques années, la cathédrale de Beauvais devient ainsi l’un des édifices les plus hauts jamais construits par l’homme.
Une ambition qui fragilise l’édifice
Le choix de construire cette tour modifie profondément l’équilibre de Saint-Pierre.
Le chœur et le transept devaient normalement être épaulés à l’ouest par une nef. Celle-ci n’existant toujours pas, la croisée reçoit au contraire une charge verticale considérable.
La construction de la tour a longtemps été présentée comme la conséquence d’une recherche presque démesurée de hauteur. L’analyse actuelle invite néanmoins à replacer cette décision dans la culture architecturale du XVIe siècle : les tours et flèches monumentales constituaient aussi des symboles de prestige civique et religieux.
Les signes annonciateurs de la catastrophe
Quelques années seulement après l’achèvement de la tour, des inquiétudes apparaissent.
En 1572, la lourde croix de fer qui couronne l’édifice est déposée : son poids est jugé préoccupant.
Cette précaution ne suffit pas.
30 avril 1573 : la tour s’effondre
Le jour de l’Ascension, le 30 avril 1573, la tour centrale s’écroule brutalement.
La catastrophe détruit notamment des éléments de la croisée et endommage des voûtes du chœur et du transept.
Par un concours de circonstances exceptionnel, les fidèles venaient de quitter l’église en procession. Aucune victime n’est à déplorer.
L’effondrement de 1573 devient, avec celui des voûtes du chœur en 1284, l’un des événements majeurs de l’histoire constructive de la cathédrale.
Reconstruire après 1573
Après la catastrophe, les chanoines et les maîtres maçons doivent intervenir rapidement pour sauver les parties endommagées du monument.
Les voûtes autour de la croisée sont réparées. Les dates encore visibles dans la cathédrale témoignent de cette campagne : 1575 dans le chœur, 1577 au sud et 1578 au nord.
La croisée reçoit finalement un couvrement beaucoup plus léger en bois.
Cette fois, il n’est plus question de reconstruire une gigantesque tour centrale.
Jean Vast et le chantier de Beauvais
Un Jean Vast, maître maçon de Saint-Pierre, apparaît dans les premières réflexions concernant la reprise des travaux.
Jean Vast fils, François Mareschal et Michel de Lalict participent à la poursuite de son œuvre.
Le chantier du transept approche progressivement de son achèvement.
La date inscrite dans le bras sud témoigne de l’achèvement de cette grande campagne.
Le projet architectural dressé par Jean Vast reçoit l’approbation du chapitre.
La construction principale est terminée et la flèche reçoit sa couverture de plomb.
Le 30 avril, jour de l’Ascension, la tour centrale s’effondre sur la croisée.
Les parties endommagées du chœur et du transept sont progressivement reconstruites.
Jean Vast dans la mémoire de Beauvais
L’œuvre la plus spectaculaire associée à Jean Vast a disparu depuis plus de quatre siècles.
Pourtant, son souvenir reste étroitement attaché à Saint-Pierre et à l’une des périodes les plus fascinantes de son histoire.
Son nom a également été conservé dans la topographie beauvaisienne : une rue Jean-Vast longe aujourd’hui le quartier de la cathédrale.
Après avoir porté le gothique à une hauteur exceptionnelle au XIIIe siècle, Saint-Pierre tente au XVIe siècle un nouvel exploit : devenir, grâce à sa tour centrale, l’un des édifices les plus élevés du monde.
Sources et bibliographie
- Ministère de la Culture – Inventaire général du patrimoine culturel, notice de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, référence IA60000315.
- Ville de Beauvais – Ville d’Art et d’Histoire, documentation réalisée à l’occasion des 800 ans de la cathédrale Saint-Pierre.
- Gustave Desjardins, Histoire de la cathédrale de Beauvais, Beauvais, 1865.
- Stephen Murray, Beauvais Cathedral: Architecture of Transcendence, Princeton University Press, 1989.
- Philippe Bonnet-Laborderie, travaux consacrés à la cathédrale Saint-Pierre et à son histoire architecturale.