Martin Chambiges
Maître d’œuvre du gothique flamboyant, Martin Chambiges donne au début du XVIe siècle un nouveau visage à la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais en concevant son monumental transept.
Lorsque le chantier de la cathédrale de Beauvais reprend à la charnière des XVe et XVIe siècles, près de deux siècles se sont écoulés depuis les grandes campagnes du chœur gothique. Le chapitre fait alors appel à l’un des maîtres d’œuvre les plus réputés de son temps : Martin Chambiges.
Un grand maître du gothique flamboyant
Martin Chambiges appartient à cette génération de maîtres maçons de la fin du Moyen Âge dont l’activité dépasse le cadre d’un seul chantier. Son nom est notamment associé aux cathédrales de Sens, Beauvais, Troyes et Senlis.
À cette époque, les grands maîtres d’œuvre ne sont pas seulement des constructeurs. Ils doivent maîtriser la géométrie, la taille de pierre, les équilibres des structures, l’organisation d’un chantier et la coordination de nombreux corps de métier.
Chambiges intervient dans une période où l’architecture gothique atteint une remarquable virtuosité. Le style flamboyant se caractérise notamment par la richesse du décor sculpté, les réseaux complexes des fenêtres, les grandes roses et les jeux de courbes qui semblent alléger la pierre.
Beauvais : un chantier hors norme
En 1500, le chantier de Saint-Pierre reprend avec l’édification du transept sur les plans de Martin Chambiges, en collaboration avec son fils Pierre.
La tâche est considérable. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter deux bras à l’édifice : le nouveau transept doit s’intégrer à un chœur gothique aux proportions exceptionnelles et contribuer à son contrebutement.
Chambiges doit ainsi concilier deux exigences apparemment contradictoires : poursuivre l’ambition monumentale de Saint-Pierre tout en assurant la stabilité d’un édifice déjà fragile.
Le transept conçu par Chambiges ne constitue pas seulement un agrandissement. Il participe directement au renforcement et à l’équilibre de la cathédrale.
Les parties basses et les portails du transept sont achevés vers 1520. Les élévations poursuivent ensuite leur développement tout au long du XVIe siècle.
Le transept, œuvre majeure de Chambiges à Beauvais
Le transept constitue aujourd’hui l’un des éléments les plus spectaculaires de la cathédrale Saint-Pierre. Il appartient pleinement au vocabulaire du gothique flamboyant, tout en devant répondre aux contraintes structurelles exceptionnelles de l’édifice.
Un rôle structurel essentiel
Chambiges conçoit son transept de manière à contribuer au contrebutement du chœur. Certaines dispositions témoignent de cette recherche de solidité : les travées extrêmes des bras sont notamment conçues avec une attention particulière portée à la résistance des structures.
Une architecture virtuose
Cette prudence constructive n’empêche nullement l’architecte de développer un décor extrêmement raffiné. Les voûtes font intervenir ogives, liernes et tiercerons, dessinant de complexes réseaux caractéristiques du gothique flamboyant.
Les façades du transept, leurs portails monumentaux et leurs immenses baies donnent également à Saint-Pierre l’une de ses signatures architecturales les plus reconnaissables.
Martin Chambiges et le chantier de Beauvais
Les chanoines lui confient la reprise du grand chantier de Saint-Pierre.
L’édification est entreprise selon les plans de Chambiges.
Les parties inférieures et les entrées monumentales du transept sont largement achevées.
Le chantier reste inachevé. D’autres maîtres maçons poursuivent son œuvre.
Une date portée sur l’édifice témoigne de l’avancement des travaux.
Le transept conçu au début du siècle prend finalement sa forme monumentale.
Un chantier poursuivi après sa mort
Martin Chambiges ne voit pas l’achèvement complet du transept. Il meurt en 1532 alors que le chantier se poursuit encore.
Les travaux sont repris par les maîtres maçons qui collaborent au chantier, parmi lesquels Michel de Lalict — également appelé Michel Lalye ou Lalic —, Jean Vast fils et François Mareschal. Le bras nord est couvert dans les années suivantes et le bras sud est finalement voûté en 1550.
L’héritage de Martin Chambiges à Beauvais
L’intervention de Martin Chambiges représente l’une des grandes étapes de l’histoire architecturale de Saint-Pierre.
Après les bâtisseurs anonymes du XIIIe siècle et les restaurateurs du XIVe, Chambiges ouvre une nouvelle campagne qui transforme profondément l’apparence de la cathédrale.
Son transept constitue le trait d’union entre le gothique monumental du chœur et l’exubérance du gothique flamboyant de la fin du Moyen Âge. Il témoigne également de la capacité des maîtres d’œuvre à intervenir sur un bâtiment existant dont les dimensions et la fragilité imposaient des solutions particulièrement ambitieuses.
Plus de cinq siècles après sa construction, le transept demeure ainsi l’un des témoignages les plus spectaculaires du talent de Martin Chambiges.
Sources et bibliographie
- Ministère de la Culture – Inventaire général du patrimoine culturel, notice de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, base Mérimée, référence IA60000315.
- Florian Meunier, Les travaux de la cathédrale de Beauvais dans un arrêt du Parlement de Paris (1512), Bibliothèque de l’École des chartes, 2003.
- Florian Meunier, travaux consacrés à Martin et Pierre Chambiges et aux cathédrales flamboyantes.
- Inventaire et documentation patrimoniale de la Ville de Beauvais, travaux réalisés à l’occasion des 800 ans de la cathédrale Saint-Pierre.