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Cathédrale Saint-Pierre Histoire de la cathédrale
Page pilier · Huit siècles d’audace et de reconstruction

Histoire de la cathédrale de Beauvais

Née d’un projet démesuré au XIIIe siècle, la cathédrale Saint-Pierre a connu effondrements, reconstructions, guerres et restaurations. Son histoire explique à la fois son architecture exceptionnelle et son caractère inachevé.

1225 Début de l’histoire de la cathédrale gothique
1284 Effondrement d’une partie des voûtes du chœur
48,5 m Hauteur atteinte par les voûtes du transept
150 m Hauteur de la tour-lanterne achevée en 1569
Un projet sans équivalent

Construire la plus audacieuse cathédrale de la chrétienté

En 1225, un incendie ravage l’ancienne cathédrale, aujourd’hui appelée Notre-Dame de la Basse-Œuvre. L’évêque Milon de Nanteuil choisit de ne pas simplement la reconstruire, mais de lancer un édifice entièrement nouveau dans le style gothique.

L’objectif est ambitieux : dépasser les autres grandes cathédrales et porter les voûtes plus haut que partout ailleurs. Cette volonté donnera naissance à un chef-d’œuvre, mais aussi à une succession de défis techniques.

Les grandes étapes

Une histoire faite d’élans et de ruptures

1225–1260

Construction du chœur

Le nouvel édifice s’élève progressivement sur des fondations profondes.

1284

Première catastrophe

Des arcs-boutants se rompent et entraînent l’effondrement d’une partie des voûtes.

1284–1347

Reconstruction

De nouveaux piliers divisent les grandes travées pour renforcer le chœur.

1500–1550

Le transept flamboyant

Martin Chambiges et ses successeurs élèvent un immense transept.

1569–1573

La tour-lanterne

Une flèche de 150 mètres domine brièvement Beauvais avant de s’effondrer.

1793

La Révolution

L’édifice est pillé, ses statues mutilées et la cathédrale devient temple de la Raison.

1940–1979

Guerre et orgues

Le grand orgue est rendu inutilisable puis reconstruit sur une nouvelle tribune.

XXIe siècle

Grandes restaurations

Charpentes, couvertures, voûtes et transept font l’objet de campagnes majeures.

Vers 1230

Des fondations à plus de dix mètres

Le chantier commence du côté nord-ouest, puis se poursuit au sud-ouest. Les fondations reposent sur une roche dure située à plus de dix mètres de profondeur.

Les bâtisseurs utilisent principalement la craie extraite des carrières de Beauvais et de Saint-Martin-le-Nœud.

Quarante-six années sont nécessaires pour élever le chœur.
Le chantier en images

La cathédrale vers 1230

Plan de la cathédrale de Beauvais vers 1230
Plan vers 1230La partie construite à cette étape du chantier apparaît sur le plan.
Reconstitution de la cathédrale de Beauvais vers 1230
Première phase de constructionUne visualisation permet de mettre en relation le plan et l’élévation du monument.
Vers 1260

Le chœur le plus haut du monde gothique

La base du chœur est achevée vers 1240. Aux alentours de 1260, le chœur peut être consacré et accueillir les offices.

Ses voûtes s’élèvent à près de 47 mètres, environ quatre mètres plus haut qu’à Amiens. Cette hauteur exceptionnelle correspond symboliquement à 144 pieds royaux.

Progression du chantier

Le chœur vers 1240

Le plan et la reconstitution permettent de suivre l’élévation progressive du chœur.

Plan de la cathédrale de Beauvais vers 1240
Plan vers 1240La base du chœur est désormais largement constituée.
Reconstitution du chœur de Beauvais en construction vers 1240
Le chœur en constructionL’élévation progresse vers l’abside et prépare l’exceptionnelle hauteur atteinte quelques décennies plus tard.
Vers 1260

Le chœur achevé avant la catastrophe de 1284

Cette reconstitution restitue l’état du chœur après son élévation et avant les transformations imposées par l’effondrement de 1284.

Reconstitution du chœur de la cathédrale de Beauvais vers 1260, avant l’effondrement de 1284
Le chœur avant 1284 La reconstitution permet de comprendre l’état du monument avant l’effondrement et les importantes modifications de la reconstruction.
Novembre 1284

La première catastrophe

Un vendredi de novembre, des arcs-boutants se tordent et se rompent. Une partie des voûtes du chœur s’effondre.

La grande hauteur de l’édifice l’expose fortement au vent. Une tempête pourrait avoir déclenché la catastrophe. L’abside résiste mieux grâce à sa structure courbe, et la charpente reste partiellement en place.

Reconstruire autrement

Le chœur profondément transformé

La reconstruction s’étend jusqu’au milieu du XIVe siècle et modifie durablement le rythme architectural.

01

Nouveaux piliers

Des supports intermédiaires plus fins sont ajoutés entre les piliers existants.

02

Travées divisées

La partie droite du chœur passe de trois à six travées. Cette division réduit la largeur de chaque voûte, les rend moins flexibles et améliore ainsi leur résistance, notamment face aux effets des tempêtes et du vent.

03

Abside préservée

L’abside, déjà composée de travées plus étroites, conserve son organisation d’origine.

Avant et après 1340

L’évolution du chœur après l’effondrement de 1284

L’ajout de piliers intermédiaires transforme trois grandes travées en six travées plus étroites. Les voûtes deviennent moins flexibles et résistent mieux aux sollicitations dues notamment au vent et aux tempêtes.

Chœur de la cathédrale avant la reconstruction achevée vers 1340
Avant la reconstructionLa partie droite du chœur est encore organisée en trois grandes travées.
Chœur de la cathédrale après la reconstruction achevée vers 1340
Après la reconstructionDe nouveaux piliers intermédiaires divisent les trois travées en six.
Plan du chœur de la cathédrale après l’effondrement et la reconstruction
Le plan après transformationLe plan permet de visualiser clairement l’ajout des piliers dans le chœur.
À partir de 1500

Le grand transept flamboyant

Après la peste, la guerre de Cent Ans et le siège de Beauvais en 1472, le chantier reprend. Le transept est commencé en mai 1500 sous la direction de Martin Chambiges.

Il faut environ cinquante ans pour achever ce chef-d’œuvre flamboyant. Ses voûtes atteignent 48,5 mètres, dans la continuité spectaculaire du chœur.

Le chantier reprend

Du chœur au grand transept

Plan de la cathédrale de Beauvais vers 1500
Plan vers 1500Le chantier du transept vient compléter progressivement le chœur médiéval.
Reconstitution de la cathédrale de Beauvais avec le transept
Le transept achevéCette vue permet de comprendre l’évolution de la silhouette de la cathédrale avant l’édification de la tour-lanterne.
1569–1573

Une flèche démesurée

Plutôt que de construire immédiatement une nef, le chapitre choisit d’élever une tour-lanterne à la croisée du transept.

Achevée en 1569, elle atteint environ 150 mètres. Quatre ans plus tard, la tour et sa flèche s’effondrent alors que la construction d’une nef destinée à stabiliser l’ensemble vient d’être engagée.

De la Révolution au XXe siècle

Une cathédrale inachevée mais toujours vivante

La nef ne sera jamais achevée. Le changement de goût à la Renaissance et le manque de moyens mettent fin aux grandes campagnes gothiques.

En 1793, la cathédrale est pillée et transformée en temple de la Raison. Au XIXe siècle, plusieurs projets de nef restent sans suite. En 1878, l’horloge astronomique enrichit le monument.

En 1940, les bombardements endommagent le grand orgue. Il est entièrement reconstruit et inauguré en 1979.

XXe et XXIe siècles

Stabiliser et restaurer l’édifice

Dans les années 1960, les tirants métalliques extérieurs sont retirés à l’initiative du conservateur alors en charge du monument. Cette décision est aujourd’hui considérée comme une erreur. Elle doit cependant être replacée dans le contexte des connaissances de l’époque : l’emploi du métal dans l’architecture gothique avait été largement oublié et ces tirants étaient alors interprétés comme des ajouts postérieurs, devenus inutiles, plutôt que comme des éléments participant au comportement structurel de l’édifice.

L’apparition de désordres et de fissures conduit ensuite à la mise en place d’étaiements dans le transept au cours des années 1990. À partir de 2012, de vastes travaux concernent notamment les charpentes, les couvertures et la stabilité de l’édifice, dont le comportement fait l’objet d’une surveillance instrumentée.

Une étape majeure du chantier

Le retrait des étais libère progressivement la croisée

Longtemps indispensables à la sécurisation de l’édifice, les étais ont profondément marqué l’espace intérieur de la cathédrale. Leur retrait progressif constitue une étape particulièrement visible des campagnes de stabilisation et de restauration menées sur le monument.

Cette intervention permet de retrouver la lecture des volumes de la croisée et du transept, tout en accompagnant les travaux destinés à assurer durablement la stabilité de l’édifice.

Travaux récents et en cours

La croisée restaurée, le chantier se poursuit en toiture

Les travaux de restauration de la croisée sont désormais terminés. Les voûtes en bois ont retrouvé leur couleur d’origine et les blasons ont été restaurés. L’oculus se pare désormais d’une colombe rayonnante, symbole de l’Esprit Saint, qui marque visuellement le centre de la croisée.

Après l’achèvement de cette intervention intérieure, le chantier s’est déplacé au-dessus de la croisée. Les travaux en cours concernent maintenant la réfection de la charpente et de la couverture, poursuivant la vaste campagne de restauration et de sécurisation du monument.

Documentation

Sources et bibliographie

Pour approfondir les différentes périodes de l’histoire de Saint-Pierre de Beauvais, la bibliographie du site rassemble des ouvrages anciens et contemporains consacrés à la cathédrale, à son architecture, à ses œuvres et à son histoire.

Page pilier documentaire de l’Association Beauvais Cathédrale. Cette chronologie constitue le point d’entrée vers les dossiers historiques consacrés à la cathédrale Saint-Pierre. Les sujets faisant l’objet d’une étude spécifique sont reliés depuis cette page afin de distinguer la synthèse chronologique des dossiers d’approfondissement.
Poursuivre la découverte

Comprendre la cathédrale aujourd’hui

Son histoire explique sa hauteur exceptionnelle, ses piliers supplémentaires, son immense transept et l’absence de nef complète.