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Personnalités de la cathédrale

Engrand Le Prince

Maître verrier beauvaisien du début du XVIe siècle, Engrand Le Prince compte parmi les grands artistes du vitrail de la Renaissance française. Son œuvre est encore présente à Beauvais, notamment à Saint-Étienne et dans la cathédrale Saint-Pierre.

Début du XVIe siècle Maître verrier Renaissance Beauvais

Au début du XVIe siècle, Beauvais est l’un des foyers les plus brillants de l’art du vitrail en France. Au cœur de cette production se distingue Engrand Le Prince, chef de file d’une famille et d’un atelier de peintres-verriers dont les œuvres se diffusent bien au-delà du Beauvaisis.

Activité
Début du XVIe siècle
Profession
Peintre-verrier
Foyer artistique
Beauvais
Décès
1531

Beauvais, cité du vitrail

À la charnière des XVe et XVIe siècles, la peinture sur verre connaît un remarquable développement. Les grandes baies des édifices religieux deviennent de véritables tableaux de lumière où se mêlent architecture, peinture, héraldique et récits religieux.

Beauvais joue alors un rôle majeur dans ce renouvellement. Plusieurs générations de verriers y travaillent et produisent des œuvres destinées non seulement aux églises de la ville, mais également à des commanditaires établis en Normandie, en Île-de-France et dans d’autres régions.

La famille Le Prince occupe une place centrale dans cette histoire. Engrand apparaît comme l’un des maîtres les plus remarquables de cet atelier beauvaisien.

Un rayonnement bien au-delà de Beauvais
Des œuvres attribuées à Engrand Le Prince ou à son atelier sont conservées ou documentées à Beauvais, Rouen, Montmorency et dans plusieurs autres églises du nord de la France.

Un maître de la peinture sur verre

Le travail d’Engrand Le Prince appartient pleinement à la transition entre l’art gothique finissant et la Renaissance.

Ses verrières associent une composition monumentale, des personnages très expressifs, des étoffes richement ornées et une palette particulièrement lumineuse.

L’utilisation virtuose du jaune d’argent permet d’obtenir différentes nuances de jaune et d’or directement sur le verre, tandis que la grisaille précise les visages, les vêtements, les architectures et les détails.

La lumière devient peinture.
Dans les grandes verrières du XVIe siècle, la couleur n’est plus seulement organisée en petites pièces de verre. La peinture sur verre permet des modelés, des ombres et une précision qui rapprochent progressivement le vitrail du tableau.

L’Arbre de Jessé de Saint-Étienne

À Beauvais, l’œuvre la plus célèbre associée à Engrand Le Prince est probablement le monumental Arbre de Jessé de l’église Saint-Étienne.

Réalisée dans le premier quart du XVIe siècle, la verrière occupe une fenêtre du chœur et mesure environ 6,60 mètres de haut pour 3,20 mètres de large.

Jessé est représenté endormi. De sa poitrine s’élève un arbre dont les branches portent les rois ancêtres du Christ. Au sommet apparaît la Vierge à l’Enfant.

Les personnages sont vêtus de somptueux costumes contemporains. La verrière associe ainsi la tradition religieuse médiévale aux codes visuels de la Renaissance.

6,60 m Hauteur de l’Arbre de Jessé
3,20 m Largeur de la verrière
XVIe s. L’âge d’or du vitrail beauvaisien
Une œuvre identifiée par son auteur La notice du ministère de la Culture attribue explicitement l’Arbre de Jessé à « Le Prince Enguerrand, peintre-verrier ». Une inscription portée par la verrière comprend notamment la forme abrégée « ENGR », interprétée comme une référence à Enguerrand.

Engrand Le Prince à la cathédrale Saint-Pierre

Le talent du maître verrier est également représenté dans la cathédrale de Beauvais.

Dans la chapelle Sainte-Barbe se trouve la grande verrière dite « vitrail de Roncherolles », réalisée en 1522.

L’œuvre est attribuée à Engrand Le Prince par l’Inventaire général du patrimoine culturel, qui souligne que son style y est clairement reconnaissable.

Un lien direct avec Saint-Pierre
Le vitrail de Roncherolles constitue l’un des témoignages les plus importants du travail d’Engrand Le Prince dans la cathédrale de Beauvais.

Cette verrière permet ainsi de relier directement le grand atelier beauvaisien du vitrail à l’histoire artistique de Saint-Pierre.

Le vitrail de Roncherolles

La verrière est commandée par Louis de Roncherolles, gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier, et son épouse Françoise d’Halluin.

Le registre inférieur représente une Vierge de Pitié entourée des donateurs, présentés par leurs saints patrons. Louis de Roncherolles apparaît agenouillé, présenté par saint Louis, tandis que Françoise d’Halluin est présentée par saint François d’Assise.

Dans la partie supérieure se développe un ensemble comprenant le Calvaire, saint Hubert, saint Christophe et le Couronnement de la Vierge.

Une représentation de la cathédrale de Beauvais apparaît également dans le tympan de la verrière.

Une œuvre nourrie par la gravure

Certaines compositions témoignent de la circulation des modèles artistiques à travers l’Europe. Le ministère de la Culture rapproche notamment le corps du Christ de la Pietà d’une gravure d’Albrecht Dürer réalisée en 1509.

Le vitrail devient un véritable tableau monumental.
La verrière de Roncherolles illustre parfaitement le renouvellement du vitrail au début du XVIe siècle : les maîtres verriers s’inspirent désormais aussi de la peinture et de la gravure contemporaines.

Une commande documentée de 1522

L’histoire du vitrail de Roncherolles est particulièrement bien documentée.

Le registre des délibérations du chapitre de la cathédrale conserve la trace de l’accord conclu avec Louis de Roncherolles.

Le commanditaire accepte de remplacer par la fourniture d’une verrière le paiement de droits seigneuriaux que le chapitre lui devait pour des biens situés à Auneuil.

La valeur correspondante est estimée à environ cent livres.

Une fenêtre sur l’économie d’un chantier Ce document est précieux : il montre que les vitraux ne sont pas seulement des œuvres d’art. Ils résultent aussi de commandes, de contrats et de relations financières entre le chapitre, les donateurs et les ateliers d’artistes.

La famille Le Prince

Engrand n’est pas le seul représentant de cette dynastie de peintres-verriers.

Plusieurs membres de la famille Le Prince apparaissent dans les sources et les œuvres du début du XVIe siècle, notamment Jean Le Prince et Nicolas Le Prince.

La distinction entre les mains individuelles reste parfois délicate : certaines œuvres sont signées, d’autres connues par les archives, tandis que plusieurs ne peuvent être attribuées qu’en comparant leur style.

L’expression « atelier des Le Prince » permet donc parfois de rendre compte d’une production dans laquelle collaboration familiale et organisation d’atelier jouent un rôle majeur.

De Beauvais à la Normandie et à l’Île-de-France

La réputation des Le Prince dépasse rapidement les limites du Beauvaisis.

À Rouen, les vitraux de l’ancienne église Saint-Vincent témoignaient notamment de l’activité de l’atelier. Engrand Le Prince y est associé à plusieurs verrières, parfois en collaboration avec Jean Le Prince.

Les chercheurs ont souligné l’importance de cette production dans l’évolution du vitrail normand du XVIe siècle : les artistes locaux reprennent ou adaptent des compositions venues de l’atelier beauvaisien. :contentReference[oaicite:1]{index=1}

À Montmorency, une verrière offerte en 1524 par Charles de Villiers de L’Isle-Adam, évêque-comte de Beauvais, porte le monogramme « E L P ». Elle constitue l’une des œuvres pouvant être attribuées avec une grande certitude à Engrand Le Prince. :contentReference[oaicite:2]{index=2}

Engrand Le Prince en quelques dates

Début XVIe
Un atelier actif à Beauvais
Engrand Le Prince s’impose parmi les principaux peintres-verriers de la ville.
v. 1520
Grandes productions de l’atelier
Plusieurs verrières aujourd’hui conservées ou documentées appartiennent à cette période.
1522
Vitrail de Roncherolles
La grande verrière de la chapelle Sainte-Barbe de Saint-Pierre est réalisée.
1524
Montmorency
Engrand signe de ses initiales une verrière offerte par Charles de Villiers de L’Isle-Adam.
1531
Mort d’Engrand Le Prince
Son atelier et la famille Le Prince ont déjà profondément marqué l’histoire du vitrail français.

L’héritage d’un maître beauvaisien

Engrand Le Prince occupe une place essentielle dans l’histoire artistique de Beauvais au XVIe siècle.

Son œuvre rappelle que la ville ne fut pas seulement un grand chantier d’architecture gothique : elle fut aussi un remarquable foyer de création dans les arts du verre.

À quelques centaines de mètres de distance, l’église Saint-Étienne et la cathédrale Saint-Pierre conservent aujourd’hui deux ensembles qui permettent de mesurer la qualité de cet art.

À Beauvais, Engrand Le Prince relie deux monuments majeurs.
L’Arbre de Jessé de Saint-Étienne et le vitrail de Roncherolles de Saint-Pierre témoignent de l’extraordinaire vitalité de la peinture sur verre beauvaisienne au début de la Renaissance.

Sources et bibliographie

  • Ministère de la Culture – POP, notice IM60000823, Verrière hagiographique dite vitrail de Roncherolles, baie 25, cathédrale Saint-Pierre de Beauvais.
  • Ministère de la Culture – POP, notice PM60003012, Arbre de Jessé, baie 5, église Saint-Étienne de Beauvais.
  • Institut national d’histoire de l’art – AGORHA, notice de la verrière de Charles de Villiers, collégiale Saint-Martin de Montmorency.
  • Jean Lafond, travaux consacrés au vitrail français et aux ateliers beauvaisiens et normands du XVIe siècle.
  • Michel Hérold, travaux du Corpus Vitrearum consacrés aux vitraux de la Renaissance et à Engrand Le Prince.