Beauvais et Besançon : deux horloges astronomiques, une œuvre d’Auguste-Lucien Vérité
À quelques années d’intervalle, Auguste-Lucien Vérité réalise deux extraordinaires machines astronomiques pour les cathédrales de Besançon et de Beauvais. Leur comparaison permet de suivre l’évolution d’un même horloger vers une mécanique toujours plus ambitieuse et monumentale.
De Besançon à Beauvais
Lorsque l’on évoque les grandes horloges astronomiques françaises du XIXe siècle, deux monuments sont indissociables du nom d’Auguste-Lucien Vérité : l’horloge de la cathédrale Saint-Jean de Besançon et celle de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais.
L’horloge de Besançon est exécutée entre 1858 et 1860. Quelques années plus tard, Vérité entreprend à Beauvais une nouvelle réalisation, conçue entre 1865 et 1868. Les deux machines répondent à une même fascination pour la mesure du temps, les cycles astronomiques et la représentation mécanique du monde.
Elles ne sont pourtant pas identiques. La comparaison montre comment Vérité reprend certains principes développés à Besançon tout en donnant à Beauvais une dimension architecturale, mécanique et scénographique particulièrement spectaculaire.
Deux cathédrales, deux machines monumentales
L’horloge astronomique de Besançon
Installée dans une salle basse du clocher de la cathédrale Saint-Jean, l’horloge de Besançon est l’une des grandes réalisations de Vérité.
Son architecture très dense rassemble une multitude de cadrans autour d’un mécanisme visible, surmonté d’un ensemble sculpté et d’automates.
Heures, dates, saisons, phases de la Lune, marées, éclipses ou signes du zodiaque : la machine associe étroitement horlogerie et représentation des phénomènes astronomiques.
L’horloge astronomique de Beauvais
Quelques années après Besançon, Vérité entreprend à Beauvais une machine d’une toute autre échelle, destinée à la cathédrale Saint-Pierre.
L’horlogerie est ici intégrée dans un immense meuble d’inspiration romano-byzantine où cadrans, mécanismes, personnages et architecture composent un véritable monument dans le monument.
Ses 52 cadrans réunissent des indications horaires, calendaires, astronomiques, géographiques et liturgiques, tandis que les automates participent à une vaste mise en scène du Jugement dernier.
De la cathédrale de Besançon à celle de Beauvais
Moins d’une décennie sépare la conception des deux machines. Cette proximité chronologique permet de suivre une période particulièrement féconde dans l’œuvre d’Auguste-Lucien Vérité.
Début de l’horloge de Besançon
Vérité entreprend la réalisation de l’horloge astronomique destinée à la cathédrale Saint-Jean.
Achèvement de Besançon
La machine rassemble 57 cadrans donnant 122 indications astronomiques, calendaires et horaires.
Vérité commence l’horloge de Beauvais
À la demande de l’évêque Joseph-Armand Gignoux, Vérité se lance dans une nouvelle réalisation destinée à sa ville de Beauvais.
La machine de Beauvais est achevée
L’ensemble atteint une ampleur exceptionnelle : environ 90 000 composants, 52 cadrans et plusieurs dizaines d’automates.
Installation à Saint-Pierre de Beauvais
L’installation de la grande horloge dans la cathédrale Saint-Pierre commence à partir de 1876.
Besançon et Beauvais en regard
Les chiffres ne suffisent pas à résumer deux œuvres aussi complexes, mais ils permettent de mesurer le changement d’échelle qui intervient entre les deux réalisations de Vérité.
| Caractéristique | Besançon | Beauvais |
|---|---|---|
| Monument | Cathédrale Saint-Jean | Cathédrale Saint-Pierre |
| Réalisation | 1858–1860 | 1865–1868 |
| Horloger | Auguste-Lucien Vérité | Auguste-Lucien Vérité |
| Hauteur | 5,80 m | environ 12 m |
| Largeur | 2,50 m | ensemble monumental de plus de 5 m de large |
| Composants mécaniques | plus de 30 000 | environ 90 000 |
| Cadrans | 57 | 52 |
| Indications | 122 indications documentées | nombreuses indications horaires, astronomiques, calendaires, géographiques et liturgiques |
| Astronomie | Lune, saisons, zodiaque, éclipses, marées… | Soleil, Lune, temps sidéral, éclipses, marées, ciel étoilé, planètes… |
| Automates et décor | personnages religieux, automates et Christ ressuscité | 68 automates participant notamment à la représentation du Jugement dernier |
| Caractère général | grande horloge astronomique concentrée dans un meuble de 5,80 mètres | véritable architecture mécanique monumentale de 12 mètres |
Beauvais n’est pas simplement une Besançon agrandie
La comparaison des deux machines montre d’abord une continuité : Vérité cherche dans les deux cas à faire dialoguer la mesure du temps, les phénomènes astronomiques et une mécanique de très haute complexité.
Mais Beauvais change profondément d’échelle. La machine n’est plus seulement contenue dans un meuble horloger : elle devient une véritable architecture autonome, haute d’environ douze mètres.
À l’accumulation des informations astronomiques s’ajoute une scénographie monumentale, dans laquelle les automates et le décor participent pleinement au spectacle mécanique.
La chronologie et les caractéristiques techniques permettent ainsi de voir dans Beauvais une nouvelle étape de l’œuvre de Vérité, développée après l’expérience acquise à Besançon.
Une même science, deux mises en scène
Besançon : la densité astronomique
L’horloge de Besançon frappe par la concentration de ses informations. Ses 57 cadrans fournissent 122 indications dans un ensemble de moins de six mètres de hauteur.
- heures et calendriers ;
- saisons et zodiaque ;
- phases de la Lune ;
- éclipses ;
- heures des marées ;
- indications géographiques et astronomiques.
Beauvais : l’astronomie devient monument
À Beauvais, Vérité développe une conception où la mécanique et l’astronomie prennent place dans une véritable façade architecturale.
- 52 cadrans visibles ;
- environ 90 000 composants ;
- 68 automates ;
- planisphères célestes ;
- indications lunaires et solaires ;
- mise en scène mécanique du Jugement dernier.
Le nombre de cadrans ne mesure donc pas, à lui seul, la complexité d’une horloge astronomique. Besançon possède davantage de cadrans, tandis que Beauvais développe un ensemble beaucoup plus vaste où mécanique, astronomie, architecture et automates sont réunis dans une même composition monumentale.
Horloger-mécanicien né à Beauvais, Vérité compte parmi les grands constructeurs français d’horloges monumentales du XIXe siècle.
Deux horloges pour comprendre un horloger
Étudier Besançon et Beauvais ensemble permet de dépasser la simple description de deux monuments. Ces machines éclairent directement le parcours et les ambitions d’Auguste-Lucien Vérité.
À Besançon, il démontre sa capacité à coordonner un très grand nombre d’informations horaires et astronomiques dans un mécanisme complexe. À Beauvais, quelques années plus tard, cette recherche prend une dimension monumentale encore plus affirmée.
La présence de ces deux réalisations majeures permet ainsi de replacer l’horloge de Beauvais dans l’histoire plus large de l’horlogerie astronomique française du XIXe siècle.
À Beauvais, Vérité porte son projet à une échelle exceptionnelle
La connaissance de l’horloge de Besançon permet de mieux mesurer l’ambition de la réalisation beauvaisienne.
Avec ses quelque 90 000 composants, ses 52 cadrans, ses 68 automates et ses douze mètres de hauteur, l’horloge de la cathédrale Saint-Pierre est à la fois une machine à mesurer le temps, un instrument de représentation astronomique et un immense théâtre mécanique.
Elle constitue aujourd’hui un témoignage majeur de l’œuvre d’Auguste-Lucien Vérité et permet de suivre l’aboutissement d’une recherche entreprise plusieurs années auparavant dans la cathédrale de Besançon.
Sources principales
Les caractéristiques présentées sur cette page s’appuient notamment sur les notices patrimoniales du ministère de la Culture, les informations institutionnelles consacrées à l’horloge de Besançon et la documentation de l’Association Beauvais Cathédrale.
Découvrez l’une des réalisations majeures d’Auguste-Lucien Vérité
L’horloge astronomique de la cathédrale Saint-Pierre permet de découvrir une machine monumentale où se rencontrent horlogerie, astronomie, calendrier, automates et patrimoine du XIXe siècle.